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Lille3000 : l’Apocalypse rue Faidherbe

La rue Faidherbe, qui part de la gare Lille Flandres jusqu’à la place de l’Opéra, a ét pompeusement baptisée “rambla” depuis Lille2004.

C’est là que sont exposées les sculptures spectaculaires conçues pour les fêtes lilloises. Il y a eu le  s Arches de Mézières ( les premières à inuagurer le concept, et certainement les plus réussies), puis les architectures végétales (je ne me souviens plus du nom des artistes) en 2004. Pour Bombaysers de Lille en 2006, les éléphants indous géants, formaient presque une arche immense et colorée au-dessus de la rue. Une vraie réussite aussi.

En 2009, ce sont des Anges et des Démons qui jalonnent la rue. Ils sont une douzaine de bébés jouflus et ailés, énormes ( 6 mètres de hauteur !),  avec des queues de dragon, assis ou debout, les bras en croix. A leur tête, devant la gare, une demoiselle à couettes au sommet de la tête est à cheval sur un dinausore-dragon. Noirs, eux aussi. Et brillants. C’est spectaculaire, c’est sûr !

Ces Anges et Démons ont été conçus spécialement pour Lille par un collectif d’artistes russes, AES+F. Ce sont les initiales de : Tatiana Arzamasova, Lev Evzovitch, Evegeny Svyatsky, et Vladimir Fridkes. Ils utilisent aussi bien la vidéo, que la photographie, et la sculpture.

Les enfants sont le principal sujet de travail de ces artistes depuis 2003, et les oeuvres de Action Half Life ( du nom d’un vrai jeu vidéo). Elles mettaient en scène des jeunes adolescents, en sous-vêtements blancs, dans des décors de guerre des étoiles, le regard opposé aux armes (inspirées aussi par celles des jeux vidéos) qu’ils tiennent à la main, sans combattre.

Suit une autre série, Last Riot, en 2005-2007, où les protagonistes, toujours aussi jeunes, passent à l’attaque :  sans émotion sur leurs visages, ils miment l’égorgement et la tuerie, à l’arme blanche ou à feux, dans des paysages de toute beauté, mais défigurés par la guerre et les conflits.

Les enfants sont-ils vraiment les porteurs d’espoir de nos socités ? N’en sont-ils pas les miroirs grossissants ? Les adolescents, en plein passage de l’enfance à l’adulte, ne risquent-ils pas de choisir la mauvaise voie ? Ce sont toutes ces questions existentielles, sociales et philosophiques, que posent AES+F avec leurs oeuvres dérangeantes, voire prophétiques.

A Lille, l’Apocalypse prend donc le visage de bébés joufflus et rieurs qui ressemblent plus aux Putti des tableaux italiens du Quattrocento qu’à des diables. Ce qu’ils sont pourtant, avec leurs marques sur le front, leurs ailes et leur queue de dragon.  Cette  ambivalence, amusante de prime abord,  se radicalise du côté de l’Enfer avec la couleur noire. Les artistes ont visiblement choisis leur bord.  L’Apocalyspe viendra de la jeunesse. A méditer pour l’avenir de l’Humanité.

Après un hiver sans soleil, personnellement, je regrette les éléphants, leurs riches parures et leurs décorations colorées. Du haut de leur impressionnante carrure, ils dégageaient une vraie légèreté. On avait l’impression de partir en voyage avec eux, de se dépayser, de changer d’air, de voir la vie en Technicolor !

On n’avait pas forcément besoin d’Apocalypse en ce moment…

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