Anne Dewailly, instants suspendus
Anne Dewailly fixe sur ses toiles des pauses de la vie. Des femmes souvent, ou des enfants, montrent leur visage impassible dans des décors qui déclinent l’harmonie en rouge et beige. Avec une infinie douceur.

Avant de regarder sa peinture, on voit son regard : grand, bleu, habité. Un bleu qu’on ne retrouve pas sur les tableaux qu’elle peint en ce moment. Pourtant, le bleu a fait partie de son univers il y a quelques années. Un bleu cobalt, associé à des personnages à la peau noire. Une couleur et des sujets qu’elle a travaillé au retour d’une année passée à la Réunion. « Les peaux noires ont été les premières que j’ai peintes. Elles ont été comme un négatif des peaux blanches que je n’osais pas retranscrire à l’époque », explique-t-elle. C’était le commencement. Aujourd’hui, depuis un retour de quelques années dans le Nord, le bleu et les visages foncés ont disparus de ses tableaux. Le rouge a pris le relais, et les peaux de ses personnages se sont éclaircies.
Une douceur intemporelle
Car il y a toujours un personnage sur les oeuvres d’Anne Dewailly. Des enfants (les siens) et des femmes (qui lui ressemblent) : des portraits - des parts d’elle-même, qu’elle sème sur chaque tableau. Même sur les rares nature mortes, comme cette série de timbales. Les gobelets en argent sont ceux de son enfance et elle y voit des autoportraits…

Souvent de profils, ses personnages posent, assis ou debout, avec un objet dans les mains : un bol, un bouquet de roses, un livre, etc. Comme des offrandes. Fixés dans des poses intemporelles. Derrière eux, un décor au dessin à peine esquissé, mais à la matière très travaillée. Un tableau dans le tableau.
Anne Dewailly utilise tout à la fois le pinceau, le couteau, le chiffon et ses doigts pour composer ses fonds. Elle raconte aimer toucher, sentir, malaxer, la peinture à l’huile qu’elle utilise de préférence à l’acrylique, « pour sa bonne odeur et sa texture. J’ai mis un certain temps à faire ma petite cuisine avec les pigments et les liants de la peinture à l’huile », confie-t-elle.
Aujourd’hui, la recette est parfaitement maîtrisée. Quant aux pigments, elle les choisit dans des tons de blancs, de beiges, de chocolats, de bruns, et de rouges. Des rouges chauds. C’est un bouquet de roses, un mur en camaïeu, un objet, un reflet. Il accroche le regard et porte une part du mystère et de l’émotion que suscite les oeuvres de la peintre lilloise. C’est le temps, qui passe et qui s’arrête, le mouvement et l’immobilité, et cette profonde douceur…
Elle expose depuis peu à Paris, Place des Vosges, très souvent au Septentrion à Marcq, et depuis toujours à Honfleur.
Anne Dewailly - Atelier dans le Vieux Lille - tél : 06 17 82 09 95


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